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Tradition. Le Mbog

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Le «Mbog» est un univers. Plus qu’un rite initiatique, c’est une institution ancestrale, qui englobe un ensemble de croyances traditionnelles, qui régissent le fonctionnement des peuples Bassa-Bati-Mpôô. Plusieurs élites intellectuelles l’assimilent à une école de pensée au sein de laquelle, des initiés apprennent et revêtent des vertus, qui font de plus en plus défaut au monde actuel. C’est le grenier des cultures et traditions Bassa. À en croire Mbombog Yebga Yebga Ntep Libii, sa particularité, réside dans le fait qu’elle n’a jamais été adaptée, ni subit d’évolutions, bien qu’existante depuis 2000 ans avant Jésus-Christ. Le «Mbog» est donc resté traditionnel tel qu’institué et enseigné par «Hilolombi » ou Dieu, et son efficacité tient du fait que ses connaissances sont restées jusqu’ici orales.

Ainsi, pendant la formation, il est proscrit de prendre des notes écrites, les apprenants mettent donc à contribution leur intelligence pour assimiler les savoir-faire, savoir-vivre et savoir être, dispensés par leurs maîtres spirituels. A l’issue de plusieurs jours de formation, les lauréats sont remis à leur communauté respective, pour influencer positivement le fonctionnement de la société, et portent désormais le titre de «Mbombong». Cependant, ils ne quittent pas le «Mbog», qui leur servira de sanctuaire traditionnel, à coté d’autres «Mbombog», qui constituent le collège des «Ba Mbombog».

Pratique

Dans l’univers du «Mbog»,l’initiation du «Mbombog», sefait en plusieurs étapes. La durée de l’apprentissage dépend de «Hilolombi» ou Dieu et des ancêtres préalablement consultés.

Ainsi, lorsque la nécessité de la présence d’un «Mbombog », s’en impose dans une des communautés Bassa-Bati-Mpôô, les familles qui constituent le lignage, se réunissent pour choisir un individu. Le choix est porté en fonction de certains critères tels que l’humilité, le respect, la patience, l’impartialité, la véracité etc. l’individu est confié à un «Mbombog», qui devient automatiquement son père spirituel. Ce dernier l’introduit dans le «Mbog» par sa présentation au collège des «Ba Mbombog». Ces sages et pétries d’expériences évaluent le nouveau à travers des tests subtiles, pour s’assurer qu’il rempli les aptitudes requises. Lorsqu’il est admis dans le «Mbog», l’apprenant est soumis à un stage d’observation. Durant cette période, il apprend comment se comporter un guide spirituel dans la vie et comment il résout les problèmes de la vie. Il se réapproprie également certaines valeurs nécessaires à son mandat avenir de«Mbombog». Pendant cette période, les «Ba Mbombog » également scrutent le comportement du stagiaire.

Après cette première phase de formation auprès des «Ba Mbombog», le collège présente l’apprenant aux communautés, qui doivent approuver que l’individu est fiable. Au cas où le peuple se plaint de l’initié, la formation s’arrête. Dans le cas contraire, l’initiation commence véritablement. Par le passé, l’initiation se faisait en neuf grades ou étapes, mais les ancêtres ont limité à cinq, parce que les quatre autres étaient assez compliqués.

Cependant, les initiations sont différentes en fonction des stagiaires, car ce sont les ancêtres qui déterminent à quel grade l’apprenant doit parvenir et ce, en fonction de ses aptitudes. A chaque grade, l’apprenant reçoit un attribut qui le rend différent des néophytes. Lors des cérémonies traditionnelles, les «Ba Mbombog», sont reconnus par leurs accoutrements spécifiques. Ainsi, pour ce qui est de la tenue vestimentaire, le pagne est la tenue d’apparat recommandé. Ce pagne appelé «Sandja», est noué d’une façon particulière autour des reins du «Mbombog». Il symbolise la noblesse car faire partir du collège des guides spirituels d’une communauté est un insigne honneur fait par «Hilolombi», le Dieu du «Mbog». Le pagne peut être accompagné par une chemise dont la couleur et la forme ont peu d’importance. Le stagiaire reçoit également un collier dont la composition varie d’un «Mbombog» à un autre.

Pour parachever sa parure, il est coiffé d’une calotte dotée d’une plume de perroquet rouge, sur le coté. Ces deux derniers éléments ont des symboliques métaphysiques que Mbombog Yebga Yebga Ntep Libii, a jugé nécessaire de ne pas donner au grand public. Il précise d’ailleurs que certaines informations ne peuvent être divulguées car, relèvent du coté exotérique de l’univers du «Mbog». Le conventionnaire reçoit également dans une main une canne. Celle-ci lui confère une autorité que la communauté est tenue de respecter. Dans l’autre main, il reçoit un chasse-mouche dont la confection ne se fait pas de façon ordinaire. Car pendant la formation, des jeunes pousses de palmier sont coupés et données aux populations pour en retirer des brindilles. Après un certain temps, ces brindilles sont rassemblées pour constituer le chasse-mouche du nouveau «Mbombog ». Cet attribut symbolise le pouvoir donné par le peuple à ce dernier. Une preuve de l’acceptation de cet élu par le peuple qu’il est appelé à conduire vers un meilleur être. Le sac est le dernier attribut physique que le nouveau «Mbombog» reçoit de ses pairs. Il est garni par des effets mystiques appelés «Bebang Be Mbombog». Dans la pratique, pour garnir le sac d’un «Mbombog»nouvellement consacré, chaque guide qui constitue le collège des «Ba Mbombog», retire une partie de son contenu pour en offrir au nouveau.

Rôle du «Mbombog» dans sa société

Comme dans le christianisme, les chrétiens ont besoin d’un guide spirituel, il en est de même pour «Mbog», où les «Ba Mbombog» sont des guides spirituels. Ce sont des garants de la tradition qui œuvrent pour le maintien d’une société équitable et juste. Ce sont des sages qui, en plus d’être très humbles, sont lents à la colère, tolérants, lents à la parole mais très prompt à l’écoute. Ces qualités sont nécessaires pour les aidez à assurer leur fonction régalienne.

Le «Mbombog» n’est forcement pas une Chef ou un Roi, mais c’est un Berger qui soutient et œuvre pour la préservation des valeurs traditionnelles.

Pour rappel, le «Mbog» était un leg familiale qui se transmettait de père en fils, on le désignait donc par «Maten Ma Nlet». Par la suite, l’ancêtre Nlet Nlet, a jugé nécessaire d’étendre la pratique à deux autres lignages à savoir les «Ndok Batcheck» et les «Ndokc Bea». Les autres lignages ont eu le «Mbog» à travers le mariage car un «Mbombog » peut donner le «Mbog» à son neveu. Aujourd’hui tous les lignages bassa peuvent avoir le «Mbog».

Y.N.M, Vision Web