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CRISE DE DEVISES

CRISE DE DEVISES

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COMPRENDRE LA PÉNURIE

Le 29 Juin dernier, le groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam), faisait une sortie pour le moins inattendue dans laquelle, Célestin Tawamba, son président, exprimait ses préoccupations face la situation d’extrême gravité de pénurie des devises dont souffre l’économie camerounaise. « Ce manque de devises est d’une ampleur sans précédent dans notre pays. Il se traduit au niveau des entreprises par un ralentissement considérable des opérations d’importation d’intrants, produits et équipements de production, ainsi que de maintenance de l’outil de production », se plaignait-il dans le communiqué.

Des conséquences économiques non-négligeables

Célestin Tawamba, Président GICAM

D’après le patron des patrons, plusieurs partenaires et fournisseurs extérieurs pourraient être contraints à arrêter leur collaboration avec les entreprises camerounaises ; ce qui aboutirait alors, suite à la perte de confiance que cela aura engendré, à la suspension voire l’arrêt de leurs activités. Aussi propose-t-il, pour faire face en urgence à la situation, « la suspension temporaire de l’importation de certains produits, le
contingentement de l’importation de produits plus ou moins essentiels, la priorité donnée au paiement des importations de produits et services essentiels ainsi que des secteurs stratégiques
».

Des causes plurielles

Le tableau sombre que peint le président du Gicam et le désarroi dans
lequel se trouvent plusieurs entreprises ne datent pas d’aujourd’hui. En fait, depuis des mois, la CEMAC vit au rythme d’une crise des devises qui n’en finit pas. Les rappels à l’ordre de la Banque Centrale ainsi que les sanctions prises contre certains établissements financiers n’ont pas eu raison de cette situation qui dure et perdure. En fait, selon des experts, le mauvais comportement des cours des matières premières en tête desquelles l’or noir, ne favorise plus l’attrait des devises dans l’espace communautaire.

« Les matières premières ne se vendent pas assez ; ce qui crée une incapacité des États à capter le plus de devises possibles. Notre économie n’est pas à même de générer des ressources susceptibles de capter un flux important de devises», fait observer Dr. Nabil Njoya, économiste.
En plus de cette situation, nombre d’exportateurs se livrent à une spéculation sur les marchés internationaux en plaçant le fruit de leurs opérations commerciales dans des comptes mieux rémunérés en devises.
Car, souligne un expert gouvernemental, « l’Institut National de la Statistique possède toutes les données sur les exportations fournies par la direction générale des douanes. Mais il se trouve que certains exportateurs, plutôt que de rapatrier les devises issues de leurs transactions à la banque centrale, les placent dans des comptes où ils tirent plus de bénéfices ».

Car, à la vérité, la pratique voudrait que les devises soient déposées à la banque centrale et l’équivalent en francs Cfa remis aux banques commerciales. Mais, beaucoup de contrevenants jonglent avec cette réglementation et handicapent ainsi la sous-région de cette ressource rare sur les marchés. « Les banques se rendent coupables de jonglerie avec le rapatriement des devises. Lorsqu’une banque commerciale reçoit les devises, elle doit les déposer à la banque centrale qui se charge de lui remettre l’équivalent en francs Cfa. Mais, dans la pratique, beaucoup d’entre elles les placent sur le marché des devises pour tirer davantage de bénéfices », explique Dr. Nabil Njoya.

Il y a quelques semaines, l’opinion publique était témoin d’un scandale, mettant en avant un établissement bancaire ayant pignon-sur-rue au Cameroun au sujet du rapatriement des devises. « Sachant que les sorties de produits représentent un montant précis, la banque centrale aurait dû saisir les contrevenants et agir en conséquence », indique un spécialiste.
Conséquence, la balance des paiements enregistre des exportations massives de produits, mais en retour, affiche un taux de collecte chétif et rachitique des devises issues de ces transactions avec l’extérieur.

La restriction des sorties des devises, possible porte de sortie

Pour faire face à cette crise des devises, la Banque des États de l’Afrique Centrale a, le 10 juin dernier, défini « les conditions et modalités d’utilisation hors de la CEMAC, des instruments de paiement électronique ». Celles-ci portent sur la restriction des sorties de devises à travers les cartes bancaires à débit immédiat, les cartes de crédit et les cartes prépayées.
« L’utilisation à l’extérieur de la CEMAC des instruments de paiement électroniques, est restreinte aux transactions courantes dans la limite des seuils d’allocation des devises prévus par la réglementation des changes », indique la Banque Centrale. Une batterie de mesures qui intervient alors que la sous-région connait une pénurie de devises régulièrement dénoncée par les organisations patronales.

P.C.A, Vision Web