Justice populaire : Où est la faute ?

Un cri de ralliement bourré de rage, parfois de haine à un carrefour, un coup de sifflet strident et sans concession dans une ruelle. Voilà généralement le point de naissance d’une opération de justice populaire dans les nombreux quartiers de villes et villages camerounais. Le phénomène est de ceux-là qui prennent du volume dans la société toutes ces dernières années. Il consiste pour la population, en marge de ce que prescrivent les lois et règlements de la République, de s’occuper elle-même des délinquants et malfrats, supposés ou non.

Elle a ses méthodes et procédures. Généralement expéditives, concises. Ses juges et enquêteurs. Pour la plupart les victimes de coups de vol, de braquage ou d’autres agressions presque toujours nocturnes. Ses outils et ustensiles sont aussi connus. Des seringues à pétrole ou autres liquides inflammables sont prisées. Des pneus et autres clous à perforer le corps du délinquant sont parfois utilisés. Bref ici, la brutalité et la violence sont des maîtres-mots. Presque jamais on n’a vu un avocat-conseil. Le procès est essentiellement mené à charge. Difficile d’échapper à la sentence qu’on inflige au malfrat, de préférence en tenue d’Adam, parfois malheureusement de plus en plus d’Eve !

Que s’est-il passé ? Pourquoi est-on parvenu à un tel renversement des normes juridiques et sociales ? Difficile de parcourir toute la problématique en ces quelques lignes. Il est cependant évident que la crise économique des années 80-90 a énormément contribué à déstabiliser les repères sociaux, à ébranler les dispositions mentales et morales telles que reçues et pratiquées auparavant au Cameroun.  La fraude, les raccourcis ont pris du galon. La rareté des ressources aidant, on devait user de tout pour parvenir à la gloire ou tout simplement et banalement au manger et boire.

Les administrations, elles-mêmes se sont appauvries. La corruption qui y a infiltré toute sa cancéreuse finesse et ses désastreuses métastases a fait le reste. Des services de sécurité alors requis pour interpeller des bandits se font parfois attendre à l’infini, voire prier. Le carburant est un préalable exigé, souvent une motivation aussi. Les enquêteurs qui subissent quelques fois moult pressions de toutes part se découragent, lâchent du lest, relaxent des suspects qu’ils n’auraient pas dû élargir.

Et c’est connu, la confiance se rompt entre populations et autorités en charge de les protéger. Les premières se débrouillent donc comme elles peuvent…La justice formelle, en dépit de tous les efforts, est confrontée, parfois aux mêmes difficultés. Les jugements s’allongent, les procédures s’alourdissent, conséquence, les justiciables se découragent et veulent là aussi prendre eux-mêmes les choses en mains. Avec des répercussions dévastatrices pour l’ensemble du tissu social.

C’est vrai Bakassi a engloutit d’énormes moyens. Boko Haram a suivi dans la consommation boulimique des ressources nationales. Aujourd’hui la crise anglophone et d’autres se taillent une bonne part des finances de l’Etat. Tous moyens qui auraient pu être affectés à un fonctionnement plus optimal encore des services de sécurité et de justice. Et, auraient permis un moins de recrudescence du dangereux phénomène de la justice populaire.

H.B, Vision Web

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